Ces deux dernières semaines, les forces russes ont mené une série de frappes contre des entrepôts de médicaments à travers toute l’Ukraine. Le 4 septembre, en une seule journée, trois entrepôts ont été touchés simultanément — ceux des sociétés Biocon, Teva, ainsi qu’un entrepôt de l’Organisation mondiale de la santé. Le 3 septembre, un incendie a détruit l’entrepôt du réseau “Apteka Dobroho Dnya”, l’un des plus grands réseaux de pharmacies du pays, comptant plus de 800 points de vente. Après la frappe, il ne restait de l’entrepôt que des structures métalliques calcinées et des ruines, pour des pertes estimées à des centaines de tonnes de médicaments.
Quelque part parmi ces étagères calcinées se trouvaient encore, il y a une semaine, des boîtes d’insuline, d’antibiotiques, de médicaments pour cardiaques — des traitements qui devaient parvenir aux pharmacies de Dnipro, Kharkiv ou Odessa et atterrir entre les mains de personnes précises, qui les attendaient chez elles ou dans un lit d’hôpital. Une femme âgée diabétique, venue chaque mois chercher sa prescription habituelle. Des parents en quête d’un antibiotique pour enfant en pleine épidémie de rhume. Pour eux, cet entrepôt n’était qu’un entrepôt — jusqu’au 3 septembre. Aujourd’hui, il n’en reste que des cendres, et quelque part, dans une file d’attente devant une pharmacie, quelqu’un n’obtiendra pas son traitement à temps.
Les conséquences se font déjà sentir : selon l’Association professionnelle des pharmacies d’Ukraine, dans certaines régions, les stocks de certains médicaments pourraient ne durer que deux à trois semaines en raison des perturbations d’approvisionnement.
En contraste, ce même jour, le 12 septembre et dans la nuit du 13, les frappes ukrainiennes visaient tout autre chose. Ni cages d’escalier résidentielles, ni étagères de médicaments, mais le sol autour de Donetsk, où, parmi des abris en béton, les occupants préparaient et lançaient de nouveaux drones d’attaque — les mêmes qui, quelques jours plus tôt, auraient pu s’abattre sur un entrepôt d’insuline ou sur l’entrée d’un immeuble à Odessa. Dans la région de Kherson et en Crimée occupée, le feu a touché des relais utilisés pour piloter les drones “Geran” et “Gerbera” — de véritables nœuds nerveux, sans lesquels ces engins n’atteignent jamais leur cible. En région de Briansk, une station radar, chargée de surveiller le ciel en vue de nouvelles attaques, s’est tue.
La différence se ressent jusque dans les mots employés pour décrire ces deux journées : d’un côté, dans les villes ukrainiennes — « entrepôt », « pharmacie », « immeuble », « habitants ». De l’autre — « site de lancement », « relais », « radar ». Un camp compte les emballages de médicaments perdus et les vies brisées de patients privés de leur ordonnance à temps ; l’autre met hors service le métal qui produit précisément ce malheur.
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