L’attaque nocturne de la Russie contre le poste-frontière de « Starokozatché », à la frontière avec la Moldavie, n’est pas une simple frappe contre une infrastructure frontalière : c’est une nouvelle étape dans une campagne visant la logistique céréalière de tout le sud-ouest de l’Ukraine.
« Starokozatché–Tudora » est l’un des deux points de passage routiers clés du secteur odessite de la frontière avec la Moldavie, par lequel transite un important flux de fret, y compris les itinéraires d’exportation alternatifs utilisés lorsque les ports maritimes sont saturés ou bloqués par les attaques. La frappe de drones nocturne a provoqué des incendies, fait deux morts et trois blessés, et entraîné la suspension du fonctionnement de ce nœud logistique entier.
Cela s’inscrit dans un tableau plus large : la Russie frappe méthodiquement et systématiquement les installations qui permettent d’exporter les céréales d’Ukraine par des voies alternatives, non maritimes. Les ponts sur le Dniestr à Maiaky et à Zatoka — les seules liaisons terrestres majeures reliant la région au reste du pays — ont été endommagés. Les points de passage frontaliers d’« Orlivka » (le bac vers la Roumanie), de « Vynohradivka–Vulcănești » et de « Reni–Giurgiulești » sont visés — ils font tous partie de l’itinéraire par lequel les céréales continuent d’être acheminées vers les ports du Danube, la Moldavie et la Roumanie lorsque les ports en eaux profondes d’Odessa, Tchornomorsk et Pivdennyi ne suffisent plus en raison des attaques.
Or ces ports en eaux profondes sont eux-mêmes exsangues : fin août, le trafic maritime y est tombé de 7-8 navires par jour à un seul, en raison des frappes sur les infrastructures portuaires, les silos, les entrepôts et les céréaliers, tandis que le coût des assurances maritimes a tellement grimpé qu’il a pratiquement paralysé la navigation dans la région.
La logique de l’agresseur est limpide : si le blocage total du corridor maritime échoue, il faut couper les artères terrestres qui permettent de le contourner. La frappe sur « Starokozatché » n’est pas une attaque contre un simple poste-frontière isolé — c’est un coup porté au canal d’approvisionnement de secours qui maintient à flot les exportations agricoles de toute la région.
Dans ce contexte, l’idée d’une réponse en miroir gagne du terrain : si la Russie détruit méthodiquement la logistique qui nourrit l’économie ukrainienne et les marchés mondiaux, l’Ukraine doit avoir le droit de frapper tout aussi systématiquement l’infrastructure logistique et portuaire qui sert les exportations russes de céréales et de pétrole — ces mêmes terminaux de Novorossiïsk, de Taman et d’autres ports du bassin azovo-pontique. Une réponse symétrique dans ce domaine n’est pas perçue comme une escalade, mais comme le seul moyen de contraindre l’agresseur à assumer le prix qu’il impose lui-même à l’autre partie.
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